Droits des femmes : « La lutte contre la violence économique doit être un chantier prioritaire »

En France, de nombreuses femmes sont exposées à des pressions financières de la part de leur conjoint, visant à les priver de leur autonomie financière. Les associations de défense des droits des femmes alertent sur ce type de violences conjugales, peu connues, appelées « violences économiques ».

Emmanuel Macron en a fait « une priorité de la présidence ». Ces dernières années, la lutte contre les inégalités entre les sexes est devenu un thème central du débat public. Si des mesures ont été annoncées pour renforcer l’accompagnement des femmes victimes de violences et lutter contre les inégalités salariales, certains phénomènes restent largement méconnus.

Selon une étude du réseau d’associations Solidarité Femmes conduite en 2019, 23 % des femmes victimes de violences conjugales disent souffrir de pressions financières de la part de leur conjoint, allant du contrôle de leurs dépenses à l’interdiction de travailler ou le détournement pur et simple de leur salaire. Une question prise au sérieux par les députés de la Délégation aux droits des femmes à l’Assemblée nationale, qui souhaitent inscrire la notion de violence économique au droit français afin d’en faire un délit. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes dans le monde, France 24 fait le point avec Françoise Brié, porte-parole du réseau Solidarité Femmes, spécialisé dans l’accueil, l’accompagnement et l’hébergement des femmes victimes de violences en France.

À quoi correspond exactement la notion de violence économique contre les femmes ?

À partir du travail associatif et de notre ligne nationale d’écoute, nous avons identifié six formes de violences dans les affaires de violence conjugale : verbale, psychologique, physique, sexuelle, économique et administrative. La violence économique rassemble un ensemble d’action de contrôles sur l’autonomie financière des femmes comme le chantage aux finances, le harcèlement sur le contrôle des achats, la confiscation des salaires ou des biens, voire même l’interdiction de travailler. Ce type de violences a lieu au sein du foyer, mais peut également continuer après la séparation, avec le non-paiement de la caution ou des procédures judiciaires à répétition contre des femmes sans ou avec peu de ressources. Il faut bien comprendre que l’on ne s’inscrit pas dans de simples disputes de couple, mais bien de violences conjugales parfois très graves.

Comment évaluer vous l’ampleur de ce phénomène en France ?

Peu de statistiques sont disponibles sur ce sujet, qui reste encore peu pris en compte dans les études sur les violences conjugales. Mais c’est un sujet récurrent pour les associations qui travaillent sur la question. Lors de notre étude de 2019, basée sur près de 13 000 cas de violences conjugales, plus d’une femme sur cinq nous a fait part de ce type de pressions aux finances.

Parmi les 3 000 exemples que nous avons alors répertoriés, une femme nous a raconté recevoir 20 euros par semaine pour elle et ses enfants. Une autre a signé le partage de ses biens en faveur de son conjoint abusif chez le notaire, malgré les mises en garde de ce dernier. Nous avons également eu des cas de femmes à qui le conjoint faisait payer les dépenses courantes pendant qu’il payait les traites et a refusé tout partage du bien à la séparation.

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